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jeudi 27 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode IV

Il m’est toujours étonnant d’observer Tokyo, ou les autres grandes villes japonaises, paroxysme d’urbanisation où l’homme s’est complètement éloigné de la nature. Le Japon est pourtant un pays où tout dans la culture ramène à la nature. Je recherchais donc comment les Japonais, au-delà des quelques parcs présents à Tokyo auraient conservé quelques restes fractals de nature. C’est finalement dans une (petite) assiette que j’ai trouvé un vrai jardin Zen ! Cela au cours d’un dîner inoubliable.

Ainsi, le dîner au restaurant Tapas Molecular Bar (7 places, 2 mois pour réserver…) m’a permis de trouver un coin de futur lié au passé. Et aussi un coin de tradition entouré d’un design futuriste avec vue imprenable sur Tokyo… Le fractal peut donc être aussi dans votre assiette ! Le Chef est américain (d’origine japonaise ?) et est très inspiré de la cuisine moléculaire d’El Bulli en Espagne ou du Fat Duck en Angleterre. Le dîner est une véritable fête des sens…

Le pays où le bouddhisme a trouvé sa forme la plus épurée, le Zen, est aussi le pays du luxe absolu. Cartier y réalise 30% de son chiffre d’affaire mondial et, statistiquement une japonaise sur deux possède un sac Louis Vuitton. Dans certains quartiers, il est plus facile de trouver un magasin Chanel au coin de la rue qu'un magasin de nourriture !

Même si, pour une touche fractale, on retrouve toujours de nombreuses japonaises en kimono traditionnel parmi les dernières tenues Prada ou Chanel…

Dans la suite de mes réflexions sur les flagship stores, Tokyo est LA ville des flagship stores où toutes les marques rivalisent de grandiose. C’est à qui aura le plus grand architecte et l’immeuble musée le plus original. On retrouve ainsi les réalisations des plus grands designers et architectes contemporains dans une société si respectueuse des traditions…


Mais le magasin le plus émergent n’est pas celui d’une grande marque de luxe mais le magasin UT, nouveau fleuron de la chaîne Uniqlo (le H&M japonais) à Harajuku . C’est à la fois le summum du design simple, uniquement blanc et miroirs, et le lieu du choix quasi infini. Il ne vend que des T-shirts… mais des centaines de modèles qui font l'objet d'un concours international pour chaque collection. Ils sont vendus (environ 10 EUR) dans des containers en plastique transparent et mis en rayon comme des boites de conserves.


Les Japonais sont toujours à la recherche de la dernière tendance. J’ai ainsi rencontré le créateur Français du concept Not so Big (« Kid stuff for adults ! ») dans le magasin ouvert avec ses partenaires Japonais dans Tokyo Midtown, le dernier ensemble gigantesque de résidences et de magasins de Tokyo, dans la même ligne que Roppogui Hills construit il y a quelques années. Les Japonais ont-ils été sensible à l’idée du coté enfant chez les adultes ou bien au côté adulte des enfants ?

La visite de quelques musées me rappelle à quel point l’art est l’essence d’une époque, d’une culture… et réciproquement. Ainsi, l’enchaînement en quelques jours des galeries et de musées à Séoul, Shanghai et Tokyo est assez saisissant. J’ai particulièrement été impressionné par l’exposition Crossroad au Mori Museum qui présente les dernières création d’artiste contemporains japonais et l’exposition Water (sur le thème de l'eau...) dans le superbe musée 21-21 Design Sight, fruit de l'association entre l'architecte Tadao Ando et le couturier Issey Miyake.

Mais l’évènement dont tout le monde parle à Tokyo, c’est la sortie du premier Guide Michelin local qui proclame Tokyo capitale gastronomique mondiale avec ses 191 étoiles (97 à Paris et 54 New York). 90 000 exemplaires épuisée en 48 heures pour un classement qui déchaîne passions et polémiques. Un guide gastronomique français qui réussi à Tokyo ? Dans la même catégorie, alors que j’avais dîné dans un japonais super branché pour les New-yorkais à New York, Bond Street, j’ai déjeuné chez Dean & Deluca (de New York) à Tokyo, super branché pour les Japonais !

Et comme à Shanghai, j’ai vu de plus en plus de de mendiants, organisés le soir en véritables villes souterraines comme à la gare de Shinjuku…

En résumé :

  • Bouddha s'habille en Prada !
  • Les lieux branchés de New York sont Japonais et les lieux branchés de Tokyo sont Américains ou européens
  • Il y a plus d’étoiles Michelin à Tokyo qu’à Paris
  • Les adultes achètent de objets d’enfants pour eux, et des objets d’adultes pour leurs enfants
  • Le jardin Zen se trouve dans son assiette…

mercredi 12 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode II

Avec Séoul, l’objectif était ambitieux : approfondir ce que mes derniers séjours m’avaient laissé entr’apercevoir, une frémissante émergence de quelque chose au-delà du Séoul habituel, la ville usine dans un pays usine.

En priorité sur la liste, la visite du Leeum Samsumg Museum. J’ai été enchanté et très inspiré par ce lieu.

3 bâtiments qui communiquent. Le premier dessiné par l’architecte Mario Botta, le second par Jean Nouvel et le dernier par Rem Koolhaas. Le premier musée expose des pièces anciennes de l’art coréen. La mise en scène est tellement géniale qu’ils exposeraient de la vaisselle Ikéa, cela sera sûrement aussi génial. Le parcours (du 4ème étage au rez de chaussée) est un véritable parcours initiatique à l’art coréen et à l’art Bouddhiste.

Le deuxième musée est tout aussi génial. Moi qui ne suis pas un grand fan de Jean Nouvel, j’ai beaucoup admiré le lieu qui est en parfait accord avec les oeuvres qui suivent là encore un parcours initiatique, d’abord avec les artistes contemporains Coréens puis internationaux, pour finir avec ce qui se fait de mieux dans l’avant-garde coréenne et internationale.

Le troisième musée présente une exposition temporaire sur… le vide dans l’art Coréen ! Il s’agit d’un mélange complètement fractal entre les plus vieilles antiquités coréennes et les artistes coréens d’avant-garde, mis en valeur par la mise en scène et le bâtiment de Rem Koolhas.

Le vide, la vacuité, principe essentiel du bouddhisme, inspire complètement l’art coréen depuis toujours. J’ai été pratiquement seul pendant toute la durée de la visite de ces lieux magiques… flottant dans la vacuité exprimée pas les œuvres elles-mêmes et le bâtiments de Rem Koolhaas

La journée s’est terminée par un dîner à l’hôtel W. Un véritable temple du design. La chaine W est déjà un concept intéressant qui trouve là une parfaite réalisation…. Là aussi, vision fractale du monde, vision sur Séoul, restaurant au design international, cuisine fusion : suis-je en Corée, à un point d’émergence d’une culture avant-gardiste coréenne sur la scène internationale ? Ou plus simplement dans un îlot d’avant-garde international noyée dans la ville usine ?

Comme évoqué précédemment (Notes de voyage épisode I), je pense qu’il ne faut pas négliger l’importance des flagship stores des grandes marques. Je crois qu'il s'agit à la fois des cathédrales des temps modernes, du paroxysme de la société de consommation, et parfois d’un début d’émergence de la société création – communication.

J’avais donc décidé de visiter le nouveau magasin Hermès de Séoul, ou plutôt la Maison Hemés Dosan Park.

De toute évidence, la rentabilité du magasin lui-même n'a pas été la priorité dans les décisions (j'étais seul pendant la visite de tous les étages du magasin...) le but est bien de créer un univers, une image cohérente, un musée à la gloire de la marque Le déjeuner, ou plutôt l’expérience culinaire Hermès en est un élément : les assiette Hermès, les couverts Hermès, le service et la nourriture Hermès, la mise en scène… Bien sûr, quand j'ai voulu partir en laissant l’argent sans attendre la monnaie : "I am sorry Sir, no tipping". Où avais-je la tête, on ne laisse pas de pourboire dans les musées…

Mais le grand moment de la visite, c’est le musée Promenade conçu par Hilton McConnico. Une mise en scène incroyable pour un grand moment d’émotion. Une forêt en apesanteur plantée d'arbres à l'écorce couverte par le fameux cuir vibrato d'Hermès. Et, à l'intérieur des troncs, des vitrines-écrins avec des objets, des photos et des vidéos qui déroulent l'histoire de la maison Hermès. Une expérience sensorielle futuriste à la gloire du passé. Le passé dans le présent et le présent dans le passé…


Est-ce de l’art fractal au service du commerce, ou du commerce fractal au service de l’art ?

En résumé :

- une ville usine à la pointe de l’avant-garde artistique

- un musée magasin

- un hôtel musée du design avant-garde

- un magasin musée

Je crois qu’il va falloir continuer à observer les signaux faibles de la mode et du design à Séoul… C’est plus dure que dans la plupart des autres capitales mais sûrement plus émergent aussi.

mardi 4 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode I

Comme chaque année, j’ai entamé un tour du monde–pèlerinage pour prendre le pouls de la planète.

J’ai décidé de partager ici, au fur et à mesure des différentes étapes, quelques unes de mes observations sur ce monde de plus en plus fractal

J’ai ainsi retrouvé New York avec beaucoup de plaisir. C’est vraiment un endroit particulier sur cette planète. La ville a quand même encore beaucoup changé. Plus bourgeoise probablement. Et même certainement plus « bobo ». Mais toujours une énergie incroyable. Je reste ainsi fasciné par la créativité et le design qui débordent des magasins, des restaurants, des bars, des plus petits aux plus grands. Et malgré la boboisation (qui cache un peu la vague précédente de Disneylandisation ?) il reste encore des mélanges de genres et de gens tout à fait improbables et fascinants dans certains quartiers, comme le Lower East Side par exemple.

J’ai aussi été très impressionné par la visite du dernier WholeFood (la chaîne de supermarché bio qui a une croissance à deux chiffres…) sur Houston Street. Le concept, la réalisation et la tenue du magasin sont incroyables. Et je connais un peu la partie…

La transition, le lendemain avec l’Upper Esat Side est pour moi toujours aussi impressionnante. J’ai toujours l’impression d’au moins changer de ville ! Le luxe de Madison semble devenir absolument paroxystique, le veste en fourrure à 40 000 Euros étant ma foi presque la normale.

Et pour le paroxystique du paroxystique, le cœur de l’attracteur étrange de la transition entre l’ère industrie - commerce et l’ère création - communication, il faut voir l’Apple store ou le magasin Abercrombie & Fitch sur la Cinquième avenue. L’Apple Store avec son entrée en forme de cube entièrement en verre donnant accès à un lieu exclusivement en sous-sol et sans autre signe distinctif qu’une immense pomme blanche au sommet du cube géant ! Comme une nouvelle étoile, signe quasi-religieux de ralliement d’une tribu si nombreuse qu’elle doit être canalisée dans de longues files...

La Cinquième avenue est une des plus chère au monde et la recherche de la plus belle, la plus grande et la plus étonnante vitrine est un must pour les enseignes qui y ont un magasin. Et bien Abercrombie & Ficth eux, ont tout simplement supprimé leur vitrine en l’occultant sur trois étages avec des volets fermés ! L’entrée, elle aussi canalisée tant la foule est importante, est gardée par deux mannequins masculins de 20-25 ans ! Et comme tous les vendeurs du magasins (eux aussi de toute évidences plus sélectionnés pour leur physique que pour leur MBA) sont torse nu lorsque la météo le permet… et sont en tongues, même lorsque la météo ne le permet pas. Une fois à l’intérieur du magasin, le décor, l’éclairage – qui ne permet certainement pas de voir ce que l’on achète- et la musique qui interdit toute forme de conversation sont bien ceux d’une boite de nuit à la mode ! Au fait, pour ceux qu’ils ne le savent pas encore, Abercombie & Ficth vend essentiellement des T-shirts et des jeans… La visite du flagship store de Zara à proximité est cruelle et parait d’un autre age…

La visite des hôtels comme le Hotel on Rivington ou le Grammercy Park Hotel rappelle que l’on n’achète plus une nuit d’hôtel pour avoir un lit et une salle de bain mais plutôt un concept, un design, une inspiration, ou l’appartenance à une tribu, une expérience… Le Rivington est par ailleurs une présence complètement fractale au milieu du nouveau quartier du Lower East Side

Et pour se convaincre de l’avance de certaines enseigne vers le Bon, le Vrai, et le Beau, il faut visiter ABC Carpet & Home, immense magasin de décoration où les meubles (eco-friendly bien sûr)et autres accessoires ne sont pas exposés mais réellement mis en scène. Tout comme chez Environment Furnitture autre exemple de l’émergence du Beau, du Vrai et du Beau. Leur devise : design with nature.

Et enfin pour le dernier soir, une visite du quartier Meat Packing District où j’ai passé quelques nuits bien déjantées il y a 20 ans. Je crois que cette fois le quartier a presque fini sa Disneylandisation : entre Pastis, restaurant réplique artificielle d’une brasserie française et le déferlement de boutiques d’ultra luxe d’Alexander MacQuenn à Stela Mac Cartney… Sans parler du restaurant Buddhakan, qui fait passer le Bouddha bar parisien pour un petit restaurant de quartier avec son desk d’accueil et ses 10 hôtesses alignées qui vous attendent… Et bien sûr la salle de 20 m sous plafond…

En résumé, la fractalisation du monde suit son cours :

  • un magasin de jeans est un peu une boite de nuit
  • un magasin d’appareil électronique est un lieu de culte
  • les hôtels branchés ne s’installent plus dans les beaux quartiers mais dans les quartiers pas encore rénovés
  • un magasin où les meubles sont mise en scène comme dans un décor de théâtre ou de cinéma
  • le quartier le plus mal famé de New York et devenu le lieu d’implantation des plus grandes marques
  • les restaurants sont des musées-disneyland

A bientôt pour la suite de mes notes de voyages dans les pays asiatiques…