jeudi 27 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode IV

Il m’est toujours étonnant d’observer Tokyo, ou les autres grandes villes japonaises, paroxysme d’urbanisation où l’homme s’est complètement éloigné de la nature. Le Japon est pourtant un pays où tout dans la culture ramène à la nature. Je recherchais donc comment les Japonais, au-delà des quelques parcs présents à Tokyo auraient conservé quelques restes fractals de nature. C’est finalement dans une (petite) assiette que j’ai trouvé un vrai jardin Zen ! Cela au cours d’un dîner inoubliable.

Ainsi, le dîner au restaurant Tapas Molecular Bar (7 places, 2 mois pour réserver…) m’a permis de trouver un coin de futur lié au passé. Et aussi un coin de tradition entouré d’un design futuriste avec vue imprenable sur Tokyo… Le fractal peut donc être aussi dans votre assiette ! Le Chef est américain (d’origine japonaise ?) et est très inspiré de la cuisine moléculaire d’El Bulli en Espagne ou du Fat Duck en Angleterre. Le dîner est une véritable fête des sens…

Le pays où le bouddhisme a trouvé sa forme la plus épurée, le Zen, est aussi le pays du luxe absolu. Cartier y réalise 30% de son chiffre d’affaire mondial et, statistiquement une japonaise sur deux possède un sac Louis Vuitton. Dans certains quartiers, il est plus facile de trouver un magasin Chanel au coin de la rue qu'un magasin de nourriture !

Même si, pour une touche fractale, on retrouve toujours de nombreuses japonaises en kimono traditionnel parmi les dernières tenues Prada ou Chanel…

Dans la suite de mes réflexions sur les flagship stores, Tokyo est LA ville des flagship stores où toutes les marques rivalisent de grandiose. C’est à qui aura le plus grand architecte et l’immeuble musée le plus original. On retrouve ainsi les réalisations des plus grands designers et architectes contemporains dans une société si respectueuse des traditions…


Mais le magasin le plus émergent n’est pas celui d’une grande marque de luxe mais le magasin UT, nouveau fleuron de la chaîne Uniqlo (le H&M japonais) à Harajuku . C’est à la fois le summum du design simple, uniquement blanc et miroirs, et le lieu du choix quasi infini. Il ne vend que des T-shirts… mais des centaines de modèles qui font l'objet d'un concours international pour chaque collection. Ils sont vendus (environ 10 EUR) dans des containers en plastique transparent et mis en rayon comme des boites de conserves.


Les Japonais sont toujours à la recherche de la dernière tendance. J’ai ainsi rencontré le créateur Français du concept Not so Big (« Kid stuff for adults ! ») dans le magasin ouvert avec ses partenaires Japonais dans Tokyo Midtown, le dernier ensemble gigantesque de résidences et de magasins de Tokyo, dans la même ligne que Roppogui Hills construit il y a quelques années. Les Japonais ont-ils été sensible à l’idée du coté enfant chez les adultes ou bien au côté adulte des enfants ?

La visite de quelques musées me rappelle à quel point l’art est l’essence d’une époque, d’une culture… et réciproquement. Ainsi, l’enchaînement en quelques jours des galeries et de musées à Séoul, Shanghai et Tokyo est assez saisissant. J’ai particulièrement été impressionné par l’exposition Crossroad au Mori Museum qui présente les dernières création d’artiste contemporains japonais et l’exposition Water (sur le thème de l'eau...) dans le superbe musée 21-21 Design Sight, fruit de l'association entre l'architecte Tadao Ando et le couturier Issey Miyake.

Mais l’évènement dont tout le monde parle à Tokyo, c’est la sortie du premier Guide Michelin local qui proclame Tokyo capitale gastronomique mondiale avec ses 191 étoiles (97 à Paris et 54 New York). 90 000 exemplaires épuisée en 48 heures pour un classement qui déchaîne passions et polémiques. Un guide gastronomique français qui réussi à Tokyo ? Dans la même catégorie, alors que j’avais dîné dans un japonais super branché pour les New-yorkais à New York, Bond Street, j’ai déjeuné chez Dean & Deluca (de New York) à Tokyo, super branché pour les Japonais !

Et comme à Shanghai, j’ai vu de plus en plus de de mendiants, organisés le soir en véritables villes souterraines comme à la gare de Shinjuku…

En résumé :

  • Bouddha s'habille en Prada !
  • Les lieux branchés de New York sont Japonais et les lieux branchés de Tokyo sont Américains ou européens
  • Il y a plus d’étoiles Michelin à Tokyo qu’à Paris
  • Les adultes achètent de objets d’enfants pour eux, et des objets d’adultes pour leurs enfants
  • Le jardin Zen se trouve dans son assiette…

samedi 15 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode III

La Mercedes SLR (la plus chère des Mercedes…) couleur argent (!) sur le Bund à Shanghai, juste en dessous du bar à la mode, le Bar Rouge (!) entourée de mendiants… Mao réveille toi, le rouge était donc la couleur de l'argent… ou plutôt le monde est décidément bien fractal, surtout en Chine !

Ainsi, ceux qui cherchent à décider si la Chine est encore un pays communiste ou le temple de l’ultralibéralisme ne sont pas au bout de leur peine. Je crois que seule une vision capable de s’éloigner de la dualité, fractale, peut permettre une amorce de compréhension des événements et du système politique et économique qui transforme actuellement la Chine. La Chine est bien communiste. Mais elle est aussi capitaliste (c’est d’ailleurs officiel : c’est l’économie socialiste de marché).

Tout est non-dualité en Chine. Ainsi, autre exemple, la Chine est à la fois le lieu de toutes les catastrophes écologiques… et c’est aussi le lieu de certaines des plus grandes avancées en matières d’environnement !

J’ai aussi renoué lors de la visite du MOCA de Shanghai (musée privé d’art moderne) avec une observation, et une émotion, très présentes depuis mes premiers séjours en Chine lorsque je suis confronté à cet inimitable mélange de grandiose, de clinquant… et de décati. Le parfait exemple pour moi, ce sont les moquettes chinoises ou les rideaux déjà vieux et délavés même quand ils sont neufs (et ils sont rarement neufs)… Une accélération trop rapide des choses pour aboutir à une vision fractale du vieux dans la neuf, ou du neuf dans le vieux ?

La visite du MOCA et l’exposition d’oeuvres ode à la marque Adidas (qui sponsorise l’exposition) montre aussi un autre paroxysme de notre époque. Ce ne sont plus les riches familles ou les gouvernants qui se font tirer le portrait par les artistes les plus en vue, comme aux siècles derniers. Ce sont les marques !

De même que ce ne sont plus les riches de ce monde qui ouvrent leur musée (Pinault n’est qu’un survivant sûrement génial de l’époque Agriculture élevage). Non, ce sont les marques qui ouvrent des musées (Samsung et Hermès à Séoul par exemple, voir article précédent). Et ce sont surtout les marques qui deviennent des musées elles-mêmes (les Apple Stores). On ne fait plus la queue pour voir les Beatles, mais pour acheter son I-phone un jour avant tout le monde ! On ne parcourt plus le monde à la recherche de quelques épices rares, mais on négocie l’exclusivité pendant un jour ou 6 mois d’un produit d’une marque musée !

Je reste également fasciné par ces restaurants dit fusion, comme T8 à Shanghai par exemple. La nourriture ne l'y est pas toujours tant que cela mais la fusion est certainement dans les gens qui fréquentent ces lieux. Ce sont d’ailleurs bien les maîtres de ce nouveau monde fractal. Un mélange des maîtres du pouvoir de l'industrie-commerce à son apogée et des nouveaux maîtres de l’ère création-communication. Peut-il naître quelque chose de ces rencontres ? Se voient-ils ? Ont-ils conscience d'être ce qu'ils sont ?

Dans le même registre, la visite de deux nouveaux clubs fut aussi fort instructive. Le Volar est dessiné par Philippe Starck. Et le MAO s’annonce comme le premier club soucieux de développement durable avec l’utilisation de matériaux de récupération et la possibilité de boire des boissons naturelles. Je n’ai pas ressenti le bon et le vrai de l’affaire au milieu de la fumée de cigarette mais le concept est intéressant…

Autre époque, il y a onze ans, j’ai embauché à Pékin pour la société qui m’employait un jeune chinois. Il devait gagner environ 200 ou 300 Euros, ce qui était un salaire conséquent à l’époque. J’ai déjeuné avec lui et son épouse à Shanghai. Responsable pour la Chine dans un Groupe international, il gagne aujourd’hui plusieurs milliers d’Euros. Il possède une voiture (si quand je l’ai rencontré il y a 15 ans, je lui avait dit « un jour tu auras une voiture », il m’aurait certainement pris pour un fou). Il possède un appartement de 240 m2 avec jardin, il a passé ces dernières vacances au Cambodge et son épouse trouve « très cool » de venir à Paris pour les soldes… Le plus impressionnant étant de voir les 2 « ouvriers du peuple » que je connaissais il y a 15 ans habillés aujourd’hui, avec une grande élégance, en jet-setteurs internationaux …

Bien sûr, tous les chinois ne gagnent pas plusieurs milliers d’Euros par mois et ne font pas les soldes à Paris ! Mais combien de Chinois gagnaient 1 EUR par mois il y a 15 ans et en gagnent 20 aujourd’hui ? Combien en gagnaient 10 et en gagnent aujourd’hui 200 ?

Chaque séjour à Shanghai, à Pékin ou dans beaucoup d’autres villes chinoises (160 villes de plus de 1 million d’habitants en Chine) sont là pour le rappeler : le monde dans lequel vit un Chinois adulte aujourd’hui n’existait pas lorsqu’il était adolescent !

La visite du musée d’urbanisme de la ville de Shanghai qui présente le plan de développement de la ville pour les prochaines années (en grande partie déjà réalisé) est là pour le rappeler avec ses maquettes vertigineuses.
Et pour finir, une bonne nouvelle : je lis dans le Shanghai Daily que Aston Martin vient enfin d’ouvrir une concession à Shanghai. Ils prévoient de vendre 150 voitures en 2008 (entre 200 et 300 000 Euros). Soit presque autant que Ferrari (160 véhicules, + 33% par an) et bien moins que Porsche (20 concessions en Chine, 4000 véhicules en 2008).

Dans le même registre et dans la China Economic Review, la Chine est devenu le deuxième pays après les Etats-Unis pour le nombre de milliardaires. Le Chinois le plus riche est une chinoise de 26 ans (17,5 milliards USD). Un peu plus et on découvrait que Paris Hilton était la fille cachée de Mao…

Et pour quelques touches fractales, je dois aussi indiquer que dans le même temps, je n’ai jamais vu autant de mendiants en Chine que pendant ce séjour à Shanghai… Ou que mon blog n’est pas accessible depuis une connexion Internet en Chine (c’est sûrement me faire beaucoup d’honneur que de le censurer mais j’imagine qu’il contient quelques mots clés qui l’excluent automatiquement).

La Chine est-elle le paroxysme de notre monde matériel et de la société de consommation ? Ou bien au travers du chocs chaotiques des monde ruraux, industriel (l’usine du monde) et création–communication (MAO, le premier club soucieux de développement durable), l’annonce d’un nouvelle organisation sociale, l’émergence d’une nouvelle conscience ? Il faudra sûrement encore quelques centaines ou milliers de séjours pour y répondre…

En tout cas, la Chine est une preuve de tous les instants de l’incroyable accélération du temps et des évènements que nous vivons. Elle en est même parfois le paroxysme fascinant… ou effrayant.

mercredi 12 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode II

Avec Séoul, l’objectif était ambitieux : approfondir ce que mes derniers séjours m’avaient laissé entr’apercevoir, une frémissante émergence de quelque chose au-delà du Séoul habituel, la ville usine dans un pays usine.

En priorité sur la liste, la visite du Leeum Samsumg Museum. J’ai été enchanté et très inspiré par ce lieu.

3 bâtiments qui communiquent. Le premier dessiné par l’architecte Mario Botta, le second par Jean Nouvel et le dernier par Rem Koolhaas. Le premier musée expose des pièces anciennes de l’art coréen. La mise en scène est tellement géniale qu’ils exposeraient de la vaisselle Ikéa, cela sera sûrement aussi génial. Le parcours (du 4ème étage au rez de chaussée) est un véritable parcours initiatique à l’art coréen et à l’art Bouddhiste.

Le deuxième musée est tout aussi génial. Moi qui ne suis pas un grand fan de Jean Nouvel, j’ai beaucoup admiré le lieu qui est en parfait accord avec les oeuvres qui suivent là encore un parcours initiatique, d’abord avec les artistes contemporains Coréens puis internationaux, pour finir avec ce qui se fait de mieux dans l’avant-garde coréenne et internationale.

Le troisième musée présente une exposition temporaire sur… le vide dans l’art Coréen ! Il s’agit d’un mélange complètement fractal entre les plus vieilles antiquités coréennes et les artistes coréens d’avant-garde, mis en valeur par la mise en scène et le bâtiment de Rem Koolhas.

Le vide, la vacuité, principe essentiel du bouddhisme, inspire complètement l’art coréen depuis toujours. J’ai été pratiquement seul pendant toute la durée de la visite de ces lieux magiques… flottant dans la vacuité exprimée pas les œuvres elles-mêmes et le bâtiments de Rem Koolhaas

La journée s’est terminée par un dîner à l’hôtel W. Un véritable temple du design. La chaine W est déjà un concept intéressant qui trouve là une parfaite réalisation…. Là aussi, vision fractale du monde, vision sur Séoul, restaurant au design international, cuisine fusion : suis-je en Corée, à un point d’émergence d’une culture avant-gardiste coréenne sur la scène internationale ? Ou plus simplement dans un îlot d’avant-garde international noyée dans la ville usine ?

Comme évoqué précédemment (Notes de voyage épisode I), je pense qu’il ne faut pas négliger l’importance des flagship stores des grandes marques. Je crois qu'il s'agit à la fois des cathédrales des temps modernes, du paroxysme de la société de consommation, et parfois d’un début d’émergence de la société création – communication.

J’avais donc décidé de visiter le nouveau magasin Hermès de Séoul, ou plutôt la Maison Hemés Dosan Park.

De toute évidence, la rentabilité du magasin lui-même n'a pas été la priorité dans les décisions (j'étais seul pendant la visite de tous les étages du magasin...) le but est bien de créer un univers, une image cohérente, un musée à la gloire de la marque Le déjeuner, ou plutôt l’expérience culinaire Hermès en est un élément : les assiette Hermès, les couverts Hermès, le service et la nourriture Hermès, la mise en scène… Bien sûr, quand j'ai voulu partir en laissant l’argent sans attendre la monnaie : "I am sorry Sir, no tipping". Où avais-je la tête, on ne laisse pas de pourboire dans les musées…

Mais le grand moment de la visite, c’est le musée Promenade conçu par Hilton McConnico. Une mise en scène incroyable pour un grand moment d’émotion. Une forêt en apesanteur plantée d'arbres à l'écorce couverte par le fameux cuir vibrato d'Hermès. Et, à l'intérieur des troncs, des vitrines-écrins avec des objets, des photos et des vidéos qui déroulent l'histoire de la maison Hermès. Une expérience sensorielle futuriste à la gloire du passé. Le passé dans le présent et le présent dans le passé…


Est-ce de l’art fractal au service du commerce, ou du commerce fractal au service de l’art ?

En résumé :

- une ville usine à la pointe de l’avant-garde artistique

- un musée magasin

- un hôtel musée du design avant-garde

- un magasin musée

Je crois qu’il va falloir continuer à observer les signaux faibles de la mode et du design à Séoul… C’est plus dure que dans la plupart des autres capitales mais sûrement plus émergent aussi.

mardi 4 décembre 2007

Notes de voyages dans un monde fractal – Episode I

Comme chaque année, j’ai entamé un tour du monde–pèlerinage pour prendre le pouls de la planète.

J’ai décidé de partager ici, au fur et à mesure des différentes étapes, quelques unes de mes observations sur ce monde de plus en plus fractal

J’ai ainsi retrouvé New York avec beaucoup de plaisir. C’est vraiment un endroit particulier sur cette planète. La ville a quand même encore beaucoup changé. Plus bourgeoise probablement. Et même certainement plus « bobo ». Mais toujours une énergie incroyable. Je reste ainsi fasciné par la créativité et le design qui débordent des magasins, des restaurants, des bars, des plus petits aux plus grands. Et malgré la boboisation (qui cache un peu la vague précédente de Disneylandisation ?) il reste encore des mélanges de genres et de gens tout à fait improbables et fascinants dans certains quartiers, comme le Lower East Side par exemple.

J’ai aussi été très impressionné par la visite du dernier WholeFood (la chaîne de supermarché bio qui a une croissance à deux chiffres…) sur Houston Street. Le concept, la réalisation et la tenue du magasin sont incroyables. Et je connais un peu la partie…

La transition, le lendemain avec l’Upper Esat Side est pour moi toujours aussi impressionnante. J’ai toujours l’impression d’au moins changer de ville ! Le luxe de Madison semble devenir absolument paroxystique, le veste en fourrure à 40 000 Euros étant ma foi presque la normale.

Et pour le paroxystique du paroxystique, le cœur de l’attracteur étrange de la transition entre l’ère industrie - commerce et l’ère création - communication, il faut voir l’Apple store ou le magasin Abercrombie & Fitch sur la Cinquième avenue. L’Apple Store avec son entrée en forme de cube entièrement en verre donnant accès à un lieu exclusivement en sous-sol et sans autre signe distinctif qu’une immense pomme blanche au sommet du cube géant ! Comme une nouvelle étoile, signe quasi-religieux de ralliement d’une tribu si nombreuse qu’elle doit être canalisée dans de longues files...

La Cinquième avenue est une des plus chère au monde et la recherche de la plus belle, la plus grande et la plus étonnante vitrine est un must pour les enseignes qui y ont un magasin. Et bien Abercrombie & Ficth eux, ont tout simplement supprimé leur vitrine en l’occultant sur trois étages avec des volets fermés ! L’entrée, elle aussi canalisée tant la foule est importante, est gardée par deux mannequins masculins de 20-25 ans ! Et comme tous les vendeurs du magasins (eux aussi de toute évidences plus sélectionnés pour leur physique que pour leur MBA) sont torse nu lorsque la météo le permet… et sont en tongues, même lorsque la météo ne le permet pas. Une fois à l’intérieur du magasin, le décor, l’éclairage – qui ne permet certainement pas de voir ce que l’on achète- et la musique qui interdit toute forme de conversation sont bien ceux d’une boite de nuit à la mode ! Au fait, pour ceux qu’ils ne le savent pas encore, Abercombie & Ficth vend essentiellement des T-shirts et des jeans… La visite du flagship store de Zara à proximité est cruelle et parait d’un autre age…

La visite des hôtels comme le Hotel on Rivington ou le Grammercy Park Hotel rappelle que l’on n’achète plus une nuit d’hôtel pour avoir un lit et une salle de bain mais plutôt un concept, un design, une inspiration, ou l’appartenance à une tribu, une expérience… Le Rivington est par ailleurs une présence complètement fractale au milieu du nouveau quartier du Lower East Side

Et pour se convaincre de l’avance de certaines enseigne vers le Bon, le Vrai, et le Beau, il faut visiter ABC Carpet & Home, immense magasin de décoration où les meubles (eco-friendly bien sûr)et autres accessoires ne sont pas exposés mais réellement mis en scène. Tout comme chez Environment Furnitture autre exemple de l’émergence du Beau, du Vrai et du Beau. Leur devise : design with nature.

Et enfin pour le dernier soir, une visite du quartier Meat Packing District où j’ai passé quelques nuits bien déjantées il y a 20 ans. Je crois que cette fois le quartier a presque fini sa Disneylandisation : entre Pastis, restaurant réplique artificielle d’une brasserie française et le déferlement de boutiques d’ultra luxe d’Alexander MacQuenn à Stela Mac Cartney… Sans parler du restaurant Buddhakan, qui fait passer le Bouddha bar parisien pour un petit restaurant de quartier avec son desk d’accueil et ses 10 hôtesses alignées qui vous attendent… Et bien sûr la salle de 20 m sous plafond…

En résumé, la fractalisation du monde suit son cours :

  • un magasin de jeans est un peu une boite de nuit
  • un magasin d’appareil électronique est un lieu de culte
  • les hôtels branchés ne s’installent plus dans les beaux quartiers mais dans les quartiers pas encore rénovés
  • un magasin où les meubles sont mise en scène comme dans un décor de théâtre ou de cinéma
  • le quartier le plus mal famé de New York et devenu le lieu d’implantation des plus grandes marques
  • les restaurants sont des musées-disneyland

A bientôt pour la suite de mes notes de voyages dans les pays asiatiques…

mercredi 22 août 2007

La conscience est-elle fractale ?

On retrouve une forte influence de notre vision du temps, linéaire pour les Occidentaux et cyclique pour les Asiatiques (voir article du 4 février 2007), dans la manière dont nous envisageons la vie, la mort, et les différents états de conscience.

Ainsi pour les Occidentaux la vie a un début… et une fin, éventuellement suivie par un après vie selon ses croyances. Par contre, pour les Asiatiques, la vie est un éternel recommencement. La réincarnation en est un des exemples.

Regardons ensemble les différents états de conscience les plus courants de la vie :

  • la veille
  • le sommeil
  • les rêves

Ces différents états de conscience se succèdent de façon à la fois cyclique (vision asiatique des choses) et linéaire (vision occidentale) à l’échelle d’une vie. Ils se succèdent en fait de manière fractale (voir article du 31 janvier 2007) :

  • l’état de veille est lui-même une succession de moments où l’on est totalement conscient, et de moments où l’on est plus absent. Les 10 derniers kilomètres de conduite dont on se souvient à peine par exemple.
  • l’état de sommeil lui-même est une succession de stades plus ou moins conscients : sommeil léger, sommeil profond, courts éveils, etc. Certains se souviennent de leurs rêves, arrivent même à les contrôler. D’autres ne se souviennent pas de leur nuit. Ils ne se souviennent même pas des moments où ils étaient réveillés !

Peut-on être conscient que l’on rêve ? Rêve-t-on que l’on est conscient ? Sommes-nous conscient que nous rêvons que nous sommes conscients que peut-être nous rêvons… etc. etc. etc.

Ce dont nous sommes conscient et que l’on appelle la réalité, les songes, et ce dont nous n’avons même pas conscience, s’articulent de manière fractale.

La mort elle-même peut être considérée comme un autre état de conscience. Certes notre corps physique disparaît mais notre âme demeure. Elle continue à être consciente d’elle-même ou non, jusqu’à son éventuelle prochaine expérience physique (une éventuelle réincarnation pour les Asiatiques par exemple). Pour la plupart d’entre nous, nous n’avons pas conscience de notre mort… C’est un trou noir.

De même que nous pouvons être plus ou moins conscients pendant la veille ou pendant le sommeil, ne sommes-nous pas simplement inconscients pendant la mort ?

N’y a-t-il rien pendant la mort, ou y-a-t-il quelque chose dont nous n’avons pas conscience ?

La mort ne serait alors qu’un des plis de la conscience fractale. Tout comme le sommeil ou l’éveil.

Etre immortel, c’est savoir rester conscient tout le temps, y compris pendant le pli de conscience de la mort. Devenir immortel, c’est ainsi apprendre à être conscient, dans l’éveil, dans le sommeil, et dans la mort.

Apprendre à vivre sa mort, c’est comme apprendre à se voir s’endormir. Et apprendre à être conscient dans son sommeil, c’est déjà un peu apprendre à être conscient au delà de la mort.

De nombreux chemins pour y parvenir ont été expérimentés au cours des siècles et sont pratiqués par de plus en plus de personnes… nous y reviendrons ! De même que nous avons commencé à apprendre à organiser notre vie de manière fractale (voir article du 10 mai 2007), nous pouvons apprendre à être conscient de manière fractale !

mercredi 13 juin 2007

L’univers connu : des plis fractals ?

L'univers tel que nous le percevons est une projection.

Qu’est-ce qu’une projection ? Par exemple, une carte géographique est une projection en deux dimensions du monde réel en 3 dimensions. Le film que vous visionnez sur votre écran de télévision est aussi une projection.

Le monde que nous observons est de quelques dimensions seulement, par exemple quatre (les trois dimensions de l’espace + le temps). Mais ce monde tel que nous le percevons n’est en fait que la projection d’un univers qui a de nombreuses autres dimensions, peut-être même un nombre infini ! Or, la projection d’un élément de plus grande dimension dans une plus petite dimension crée ce que l’on peut appeler des plis, comme lorsqu’on essaie de faire rentrer à plat un vêtement trop grand dans une boite trop petite. Essayez !

Ces plis prennent naturellement une forme fractale (voir article du 31 janvier 2007), et c’est ce qui peut expliquer l’aspect fractal de notre univers.

De même, notre vie est un pli, un pli de conscience, En effet, la projection d’une conscience de dimension infinie dans une dimension humaine, plus petite, fait que notre vie est un pli de conscience.

Ce que j’appelle ailleurs savoir identifier l’image fractale, c’est être capable de voir le schéma des plis, de voir l’ordre dans le chaos. En effet, sur un très petit bout du vêtement, on ne voit pas l’ensemble des plis et tout parait alors plat ou linéaire. Au pire, cela monte un peu, ou cela descend un peu. On ne voit pas le paysage général. Mais dès que l’on s’éloigne ou que l’on s’élève en altitude, que l’on augmente notre champ d’observation, alors les plis et l’aspect fractal apparaissent.

Notre conscience, notre vie, sont fractales. Et c’est en sachant élargir notre champ de conscience que nous pourrons en apercevoir le schéma, et commencer à en comprendre le sens.

dimanche 27 mai 2007

La rencontre de l’Asie et de l’Occident dans la fractalisation de l’écriture ?

Les différentes formes d’écritures expliquent une part importante de nos modes de pensée. Ainsi, prenons les écritures occidentale (alphabet latin) et chinoise :

Ecriture occidentale :
  • elle est conceptuelle et logique
  • ce qui est important, c’est le symbole formé par les lettres
  • s’il y a une faute ou une erreur de frappe, cela ne change pas le sens
  • le sens du mot varie peu selon le contexte
  • la lecture se fait de gauche à droite, ce qui favorise l’utilisation du cerveau gauche
La pensée occidentale est, comme l’écriture, conceptuelle, logique, et peu sensible au détail.

Essayez de lire le texte ci-dessous :

L'odrre des ltteers dnas un mtos n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe qui cmotpe est que la pmeirère et la drenèire soenit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujoruos lrie snas porbèlme. C'est prace que vorte creaveu ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.

Malgré les erreurs, la plupart des gens saisissent parfaitement le sens du texte !

Un autre exemple ? Que lisez-vous dans le triangle ci-dessous ?


Avez-vous bien lu ? Etes-vous sûr ? Pour vérifier, aller voir en bas de cet article. (1)

Ecriture chinoise :
  • elle est contextuelle
  • elle est basée sur la réalité imagée, pas sur un symbole
  • le détail est important. Une erreur dans le signe peut le rendre illisible ou en changer le sens.
  • le contexte est essentiel. Le même idéogramme va changer complètement de sens selon les idéogrammes qui l’entourent
  • la lecture se fait de droite à gauche, ce qui favorise l’utilisation du cerveau droit
Exemple : du cheval à son idéogramme :


La pensée chinoise, comme l’écriture, est contextuelle et très sensible au détail.


Ces deux types d’écriture, liés à deux types de pensées, peuvent-ils se rejoindre ? Va-t-on voir apparaitre des formes d’écritures qui se fractalisent avec des aspects visuels dans des écritures conceptuelles tel l’alphabet latin ? Et inversement des aspects conceptuels et logiques dans des alphabets typiquement visuels et contextuels tel le chinois ?

Cela va-t-il contribuer à former une nouvelle forme de pensée fractale (voir article du 31 janvier 2007) ? (2)

En fait, ces phénomènes ont déjà commencé à se produire !

Le Japon possède ainsi aujourd’hui plusieurs types d’alphabets, l’un proche des idéogrammes chinois avec les influences sur la pensée décrite ci-dessus. Les autres alphabets japonais sont phonétique donc plus conceptuels et se rapprochent des modes de pensée occidentaux (est-ce l’une des raisons de la place particulière du Japon en Asie et dans le monde ?)

L’exemple du coréen est également intéressant. Tout d’abord, c’est un des derniers alphabet qui est été inventé. On peu le qualifier de récent à l’échelle de l’histoire et il s’agit en fait peut être d’un précurseur. Si le coréen est typiquement phonétique, donc conceptuel et logique, il reprend néanmoins un aspect très visuel. Un touriste non initié pourra croire devant un panneau en coréen qu’il s’agit de chinois !

L’écriture occidentale évolue elle aussi vers des aspects plus visuels et contextuels :
  • apparition des smileys dans les mails, les sms, la messagerie instantanée, etc.
  • écriture des sms contextuelle sur certains téléphones avec les logiciels d’écriture intuitive.
  • impossibilité de comprendre certain sms hors du contexte ! C ta mer k lé kdo !
Nous pouvons ainsi observer qu’une nouvelle forme d’écriture fractale, à la fois visuelle-contextuelle et logique-conceptuelle est en train d’émerger. A nous de savoir la repérer et surtout de savoir l’utiliser pour enrichir notre communication. C’est aussi de cette façon que nous ferons émerger une nouvelle forme de pensée… et une nouvelle forme de conscience fractale !


(1) Dans le triangle, il est écrit : « Paris au mois DE DE mai » Il y a deux fois le mot DE. L’aviez-vous remarqué ? L’écriture occidentale ne favorise pas la sensibilité au détail et seul 15 % environ des français remarquent le deuxième DE…

(2) Korzybski explique ainsi combien nous sommes prisonniers de notre structure de langage Greco-Romain et Aristotélien. Par exemple, la racine du mot réalité est "res", la chose, l'objet statique et solide, alors qu’en russe la racine est "mouvement". Ceux qui parlent de réalité en russe ont donc une notion bien plus proche de la physique moderne et de l'approche fractale.