samedi 24 février 2007

Emergence d’une conscience collective fractale : elle est déjà là !

La nouvelle conscience (intelligence ?) collective sera fractale (voir article du 31 janvier 2007). Et cette nouvelle conscience mondiale est déjà en train de naître ! Bien sûr, si vous conservez une vision linéaire, vous ne pouvez pas la voir. J’entends par vision linéaire, une vision où on projette des tendances existantes et où l’on se base sur les modèles actuels pour comprendre et faire des projections. Par contre, avec une vision fractale, vous verrez alors émerger cette nouvelle forme de conscience collective. J’entends par vision fractale, la capacité à identifier les motifs d’une image fractale dans le chaos apparent formé par les nouvelles frontières multiples et imbriqués entre elles.

Ainsi, quelques exemples :

  • Jamais dans l'histoire de l'humanité, autant de personnes à travers le monde n’ont manifesté contre une guerre, la deuxième guerre du golfe.
    Avec une vision linéaire, vous ne verrez que l'échec de ces manifestations dans leur tentative d'empêcher cette guerre qui a finalement bien eu lieu.
    Avec une vision fractale, vous verrez qu’en plus de la taille record de ces manifestations il ne s’agit plus d’une simple confrontation binaire entre les opinions de pays pour ou contre la guerre, mais que les plus grandes manifestations ont eu lieux dans les pays mêmes de la « coalition » favorables à cette guerre (la manifestation de 1,5 millions de personnes à Londres est non seulement la plus importantes de ces manifestations mais aussi la plus importante de toute l’histoire anglaise !) Vous verrez ainsi une des amorces d'émergence de cette nouvelle conscience mondiale fractale !

  • Jamais autant de dons n'ont été effectués après une catastrophe naturelle, le tsunami de décembre 2004.
    Avec une vision linéaire, vous ne verrez qu’un élan de générosité proportionnel à l’ampleur de la catastrophe et les problèmes dans l'utilisation, ou la non-utilisation, de ces dons.
    Avec une vision fractale, vous verrez un autre signe de l'émergence de cette nouvelle conscience mondiale : des gens qui n’avaient jamais donné ont contribué à cet élan de générosité mondiale, y compris dans des pays plus habitués à recevoir l’aide mondiale. L’ultra médiatisation de l’évènement n’est pas l’explication de l’incroyable flux de don. C’est une émergence de la conscience mondiale qui tente de répondre, à l'échelle planétaire, à des problèmes qui se posent aujourd'hui, eux-mêmes à l’échelle planétaire : évolution climatique, pollutions, nouvelles pandémies, etc.

  • Le développement rapide du microcrédit est un autre exemple. On est passé ainsi d’un système où de gros prêteurs prêtent à de gros emprunteurs, ou en tout cas à des emprunteurs solvables, à un système où chacun est à la fois emprunteur et prêteur, et à un système qui touche également les moins solvables.
    Avec une vision linéaire, vous ne verrez qu’une extension du monde capitaliste et financier aux plus pauvres.
    Avec une vision fractale, vous verrez l’émergence d’une nouvelle forme d’organisation économique et sociale qui intègre ceux précédemment exclus par le système dominant. Vous verrez un nouvel indice de l’émergence de la conscience mondiale fractale.

  • Jamais le réel et le virtuel n’ont été aussi imbriqués en des frontières variables. Le jeu massivement en ligne Second Life en est un exemple.
    Avec une vision linéaire, vous verrez un nouveau gimmick technologique, un nouveau monde parallèle (et il en existe déjà d’autres). Mais, ce qui est révolutionnaire, ce n’est pas l’aspect monde parallèle, ce sont les interactions avec le monde réel.
    Avec une vision fractale, vous observerez que ce n’est plus le réel d’un côté et le virtuel de l’autre. Le virtuel entre dans le réel et réciproquement. Ainsi les plus grandes marques y articulent leur démarches commerciales et marketing avec celles menées dans le monde réel. Et si les partis politiques s’y affrontent, c’est en grande partie pour qu’on en parle dans les médias du monde réel. De même, l’économie qui y est née a des aspects bien sonnants et trébuchants dans la vie réelle. Et si le réel entre dans le virtuel, le virtuel entre également dans notre réel : pour avoir de nouvelles de son voisin, on tape plus facilement son nom sur Google que l’on frappe à sa porte ! Encore une fois, le réel est dans le virtuel et le virtuel est dans le réel, tous deux imbriqués comme dans une image fractale. Il est même possible que Second Life, qui vient d’ouvrir une partie de ses codes sources, devienne le nouvel outil de navigation sur la toile. Cela pourrait alors devenir le nouveau navigateur du réseau internet et peut-être même une interface entre le réel et le virtuel de la nouvelle conscience mondiale…

Ainsi, avec une vision linéaire, vous ne verrez dans chaque action individuelle, dans chaque ONG, dans chaque projet humanitaire, ou dans chaque émergence du réseau internet, que des projets isolés impossibles à généraliser, à reproduire à plus grande échelle, et qui donc n'auront jamais la taille critique en vue de répondre aux problèmes qui sont à l’échelle planétaire.

Avec une vision fractale vous verrez au contraire l'émergence d'une nouvelle conscience mondiale. Vous verrez les cristaux sources d’une solution de problèmes à l’échelle planétaire.

Les plus attentifs croient voir des signaux faibles et basent leurs prévisions sur ceux-ci. Mais tous ces exemples ne sont pas les signaux faibles d'un univers linéaire. Ce sont les signaux forts d'un univers chaotique et fractal. Ils n'annoncent pas des évolutions, ils sont les preuves d'une nouvelle organisation en train d'émerger.

A nous de voir et savoir accompagner cette nouvelle émergence. Si nous voyons ces nouveaux signes, nous pouvons alors aider, accompagner et faciliter cette émergence. Au contraire, si nous passons à côté, nous continuerons à laisser s'installer les souffrances, les catastrophes, voire le chaos, mais cette fois au sens commun du terme !

L’émergence d’une nouvelle conscience mondiale est à la fois nécessaire et inévitable. Elle se produira tôt tard mais nous avons le choix collectif qu’elle se produise maintenant… ou plus tard. Dans la paix et le bonheur du plus grand nombre… ou dans la souffrance. C’est un choix individuel et collectif historique. Une telle occasion ne s’est jamais produite dans l’histoire de l’humanité !

4 commentaires:

Anonyme a dit…

Bravo très intéressant...
Je reviendrai souvent

Dehorsdedans a dit…

Un anonyme, sans doute le même, a laissé un lien sur mon blog vers vote site. Je reviendrai pour tout lire, mais je vous livre, dès à présent, en vrac..., quelques remarques.
La théorie du chaos, et ses corollaires, fractales et invariants d'échelle, sont des moteurs puissants pour l'esprit, elles permettent d'organiser différemment les données recueillies.
Elles s'ajoutent à d'autres tentatives d'expliquer les phénomènes observés, le modèle structural,"la main invisible", la pensée dialogique,... Elles sont très fructueuses mais ne peuvent, à mon sens, définir une nouvelle vérité pour l'homme.

pacaud.isabelle@orange.fr a dit…

C'est passionnant, merci, j'attends avec impatience la suite des articles.

Michel Saloff Coste a dit…

Systématisme de l'universel et systémique de l'altérité
On peut, en d’autres termes, opposer dos à dos le systématisme de l'universel et la systémique de l'altérité. Le systématisme de l'universel d'une part est une invention de l'âge industriel et commercial tendant à tout homogénéiser dans une volonté de transparence permettant à la vision mécaniste du monde de se développer dans un espace temps normalisé. La systémique de l'altérité d'autre part est une conception émergente qui réintroduit la complexité, le mystère, la singularité de chacun, la conscience du tout.
La systémique de l'altérité, c'est par exemple l'émerveillement enfantin de la contemplation ou encore savoir accepter et encourager l'autonomie de l'autre ; mais c'est aussi la conscience des «effets papillons» : le battement d'aile d'un papillon dans la forêt vierge peut, par démultiplication, créer un ouragan de l'autre côté de la planète.
Une des caractéristiques de la systémique de l'altérité est que le plus improbable, le plus spécifiquement fragile est cela même qui peut avoir le maximum d'impact sur la face du monde. Cet effet papillon est symptomatique de la mécanique tourbillonnante qui anime l'information sur notre planète. Ainsi un mot, un livre, une image, peut bouleverser le monde à la vitesse de la lumière. C'est pourquoi nous pouvons dire que nous quittons le systématisme de l'universel qui animait l'époque de l'industrie commerce avec son cortège de produits plus homogénéisés les uns que les autres s'offrant à une classe moyenne fière de sa propre uniformité. A contrario, il semble que nous rentrons dans l'âge du multiple, de l'étrange. Un âge foisonnant, un âge «poilu» où les supermarchés font de la sociologie, les ingénieurs de la philosophie et où les trous noirs deviennent des «stars». Nous entrons dans l'âge de l'antimatière, des objets nomades, des cerveaux interconnectés, du zapping et du marketing "one to one".
Ce sera un temps de résurrection où beaucoup de symboliques passées vont remonter à la surface. Contrairement à ce que beaucoup craignaient, l'âge de demain ne sera pas celui de l'uniformité mais celui de la diversité où tout sera interconnecté, jouera dans un gigantesque kaléidoscope, fantastique jeu de signes, une économie du rêve où tout devra être lu à la fois au premier et au énième degré. Si Venise florissante sur l'eau annonçait la logique industrielle et commerciale en plein âge de l'Agriculture-Élevage, le quartier de Venice à Los Angeles avec sa foule bigarrée et étrange peut donner une idée du futur.
Pour entrer dans cet âge du multiple, du différent, dans cet âge de l’altérité, chacun d’entre nous va devoir apprendre à vivre avec l’altérité, la sienne et celle des autres, et apprendre à la gérer. Cet apprentissage comporte trois facettes : apprendre à gérer l’altérité en soi, apprendre à gérer l’altérité chez les autres, et enfin apprendre à composer avec le manque d’altérité en soi et chez les autres.